Les semaines écoulées ont été marquées par de nombreux épisodes de
blocage de différents bâtiments de l’Université. Je pense en
particulier au Patio et au Portique et à tous ceux qui, dans ces
bâtiments, ont vécu difficilement ce temps de blocage et d’occupation.
Depuis le début du mouvement, la présidence de l’université a toujours
maintenu le dialogue avec les étudiants et les personnels qui s’y sont
engagés. Aux reproches d’attentisme, voire de laxisme qui nous ont été
adressés, je ne peux qu’opposer le constat, que chacun peut faire, que
tout a été mis en œuvre pour que le mouvement puisse s’exprimer et que
tout débordement soit évité. En revanche, j’ai toujours souligné que
je ne transigerai pas sur la sécurité des personnes et des biens
Après la période de suspension des enseignements liée au sommet de
l’OTAN, le 6 avril, l’université rouvre ses portes. Les directeurs des
UFR hébergées au Patio m’ont demandé « instamment de faire lever le
blocage afin que [leurs] locaux soient accessibles et utilisables dès
le 6 avril au matin ». Des enseignants et des étudiants, dont beaucoup
soutiennent le mouvement, des personnels BIATOSS me font la même
requête, parfois sous forme de pétitions.
Je demande donc que tous les bâtiments de l’Université de Strasbourg,
sans exception, soient et demeurent accessibles, libres de toute
occupation nocturne, à partir du 6 avril, afin que l’enseignement
puisse y être assuré et les examens s’y tenir. L’expression des
revendications y sera bien sûr possible et facilitée dans la mesure où
elle respectera le libre arbitre de tous les usagers de l’université.
Il s’agit d’une mesure indispensable pour que le semestre puisse être
validé par et pour ceux qui le souhaitent.
Le Congrès de l’Université de Strasbourg du 13 février a manifesté par
une motion adoptée à l’unanimité des positions claires de rejet des
projets de réforme assorties de propositions concrètes dans tous ces
domaines. Cette volonté ne peut aujourd’hui s’exprimer que dans un
esprit de dialogue au sein d’une université ouverte et accessible à
tous.
Avec les représentants des étudiants et les syndicats des personnels
je suis disposé à étudier toutes les possibilités d’expression du
mouvement, permettant de concilier la mobilisation et les activités de
formation, de recherche et le travail administratif.
Alain BERETZ
-Droit de réponse:
Monsieur le Président de l'Université de Strasbourg,
Je vous écris ici pour opposer mon droit de réponse suite au mail que vous avez largement diffuser aux personnels, enseignants et étudiants de votre université, et
en qualité d'étudiant en Master au sein de cette même université.
Les semaines écoulées ont en effet été riches en évènements, dont des blocages de bâtiments comme vous le soulignez. Je tiens néanmoins à replacer ces faits dans
leurs contexte en précisant les raisons qui ont poussé les étudiants, personnels et enseignants de votre université à voter en Assemblée Générale les différents blocages que vous recensez;
Voici plus de 8 semaines que la communauté universitaire strasbourgeoise, en solidarité avec la communauté universitaire de tout le pays est mobilisée contre les
projets de réformes du gouvernement concernant l'Enseignement Superieur et la Recherche.
Nous n'avons eu de cesse de nous mobiliser contre la réforme dite de "Masterisation" sur la formation des enseignants car nous demandons une concertation globale sur
cet enjeu majeur de l'Education française et souhaitons participer à l'élaboration d'une formation de qualité pour les futurs enseignants, garantissant ainsi un enseignement de qualité pour les
futurs générations d'élèves et d'étudants.
Nous nous sommes mobilisés et continuons de le faire sur le décret des EC ( Enseignants-Chercheurs ) car nous croyons en la force et en l'efficacité d'une recherche
libre de toute nécéssité de rentabilité immédiate et que nous tenons à affirmer notre volonté d'une recherche indépendante ainsi que l'importance de sa mise en relation avec
l'enseignement.
Nous sommes encore aujourd'hui mobilisés aprés 8 semaines de grève active contre la privatisation de nos universités, conséquence directe de la loi LRU qui menace a
court comme à long terme les filières dites "non rentables". Car je vous pose la simple question, quel chef d'entreprise ira investir des millions d'euros dans une filière qui ne lui rapportera
pas un sou ?
Nous rejettons la logique de mise en concurrence de nos lieux de travail et d'études, le savoir n'est pas une marchandise.
Aujourd'hui, chacun de nous est à même de prendre conscience du choix de société qui nous est imposé à travers ces réformes -parmis tant d'autres-, le choix entre
une société de connaissances, de culture et de savoirs et une société du tout économique et du tout rentabilisable qui n'hésite pas à sacrifier l'éducation et la recherche au nom de quelques
euros.
C'est de ce choix qu'il est aujourd'hui question, et c'est contre ce projet de société que nous avons pris le risque de mettre nos semestres en danger.
Où en sommes nous aujourd'hui concrètement ?
Le gouvernement n'a opéré que de petits reculs aprés 8 semaines d'une mobilisation forte et unanime de toute la communauté universitaire française, se recroquevillant sur des réformes que tous
dénoncent. La seule réponse à laquelle le mouvement sans précédent dont nous sommes partie intégrante a eu droit est une répréssion policière particulièrement violente et un mépris profond et
assumé.
A l'heure d'aujourd'hui, Mme Pécresse, Ministre de l'Enseignement Superieur et de la Recherche consent enfin à quelques reculs, notamment sur les 130 postes rétablis
au CNRS. Des avancés ont également été faites sur le statut des enseignants chercheurs, même si certaines zones d'ombre restent à éclaircir.
Enfin sur la réforme dites de "Masterisation", Mr Darcos, Ministre de l'Education Nationale n'a opéré aucun recul significatif; si les concours resteront en place l'année prochaine, la
"Masterisation" entrera bien en vigueur. Nous n'en demandons pas le report mais le retrait, et celà depuis le début de notre mouvement.
Enfin plus grave encore, sur les conditions de travail des personnels BIATOSS et ITA, aucune avancée n'a encore été faites, tout juste le sujet a t'il été abordé. Il
en va de même de pour les conditions de vie des étudiants dont on sait qu'un étudiant sur deux aujourd'hui est obligé de se salarier pour payer ses études.
Monsieur le Président de l'Université de Strasbourg, voilà les raisons qui font que partout en France les universités sont perturbées, sujettes à des blocages et que
le semestre est remis en cause. Celà ne tient pas de la volonté des étudiants, enseignants et personnels grèvistes mais bien d'une attitude gouvernementale frisant " l'autisme " pour reprendre
les propos de votre collègue G. Molinié, Président de Paris IV.
Sachez, Monsieur le Président de l'Université de Strasbourg que j'ai un profond respect pour votre gestion de cette crise sans précédent, que vous avez su gérer avec
calme et parcimonie.
Cependant je ne peux que m'opposer à votre volonté de mettre fin à tout blocage, même si je comprend aisémment votre volonté d'assurer le plus normalement possible
la tenue du deuxième semestre universitaire. Les circonstances sont exceptionnelles et nécéssiteront des mesures exceptionnelles auxquelles je vous demande de réfléchir dés a présent, car le
mouvement ne saurait s'arrêter là où il en est actuellement.
Je vous demande le plus respectueusement possible de ne pas aller à l'encontre de la volonté de l'ensemble des personnels, enseignants et étudiants en lutte depuis
maintenant plus de 8 semaines et dont la voix s'exprime à travers les Assemblées Générales.
Nous avons le même combat, celui de garantir la grandeur et l'efficacité de l'Université Française, de l'Education et de la Recherche.
Vous parlez, Monsieur le Président de l'Université de Strasbourg des semaines de cours tronquées au calendrier universitaire. Nous en sommes tous conscients et nous
en avons tous été conscient dés le premier jour de notre mobilisation. Ces semaines sont autant de sacrifices de la part d'enseignants, de personnels et d'étudiants qui aiment leur travail et
leurs études et entendent par cet acte les défendre.
Nous demander aujourd'hui de rompre avec l'idée même d'un blocage de l'Université revient à nous demander de fouler au pied tous ces sacrifices et d'accepter de
laisser se mettre en place des réformes dont nous avons combattu la logique, la forme et le fond durant plus de deux mois.
Pourquoi le blocage est il un point si important dans notre "lutte" ?
Le blocage est une modalité d'action qui nous donne un poid qu'aucun autre mode d'action ne saurait nous donner, en nous permettant notamment de peser sur le calendrier universitaire. Il est un
moyen -et non une fin- de permettre à ceux qui souhaitent se mobiliser de le faire sans avoir à craindre pour leurs cours, que celà soit du coté des étudiants ou de celui des enseignants. Le
blocage symbolise enfin la possibilité de pouvoir nous regrouper et nous organiser à partir d'un point fixe qu'est notre lieu de vie quotidien; l'Université que nous entendons défendre.
Croyez bien qu'à travers le pays d'autres modalités d'actions sont experimentées. Je n'en citerai que quelques unes comme la "ronde infinie des obstinés", des
manifestations à répétition depuis 8 semaines, des manifestations nocturnes, des occupations de lieux symboliques et stratégiques, des blocages de lieux économiques, la Nuit du Palais U, des
rallyes lectures, etc etc ...
Notre volonté n'est pas de gêner les étudiants, dont nous faisons nous même partie, mais de marquer notre opposition contre les réformes imposées.
Si lundi nous levons le blocage sur votre demande, vous pourrez dire que vous avez enterré le mouvement de contestation sur Strasbourg, facilitant ainsi le passage
des réformes contre lesquelles nous nous mobilisons. Car enfin si le blocage n'est pas reconduit, et l'occupation de nuit interdite, chaque étudiant, grèviste ou non grèviste ne sera plus
préoccupé que par ses révisions. Les actions et les manifestations seront désertées et chacun ne pourra que pleurer les deux mois de sacrifices faits qui n'auront servit à rien.
C'est pourquoi, avec tout le respect que je vous dois Monsieur le Président de l'Université de Strasbourg, je vous demande de revenir sur vos paroles, au nom de tous
ceux de vos enseignants, de vos personnels et de vos étudiants qui se battent aujourd'hui pour garantir l'avenir d'une Université et d'une Education de qualité qu'ils sentent menacées. Je vous
invite une nouvelle fois à réfléchir tout comme nous essayons de le faire à des modalités d'examens aménagés permettant à tous de s'y retrouver.
J'ai moi-même payé mon inscription au sein de votre université, je puis vous garantir que je ne fais pas le choix de la grève par facilité ni par plaisir.
Je vous remercie de votre attention,
Avec tout mon respect,
Swann, étudiant en Master a l'UdS.